Entour’âge tisse sa toile - Midi Pyrénées- 32 -

Publié le par Orgris

Entour’âge tisse sa toile - Midi Pyrénées- 32 -

Lancé en début d’année à Fleurance dans le Gers, le réseau Entour’âge s’attache à mettre en lien des personnes âgées isolées et des bénévoles. Une aventure humaine que ses créateurs souhaitent voir se diffuser. Rencontres à l’occasion d’une réunion organisée pour essaimer sur les territoires environnants.

Personnes intéressées par le dispositif, élus, professionnels, bénévoles… avaient répondu présent à l’invitation lancée par la MSA Midi-Pyrénées Sud et le centre communal d’action sociale (CCAS) de Fleurance (Gers) pour amorcer l’essaimage d’une initiative qui, en quelques mois, a su mettre en relation sur le territoire des personnes en recherche de lien social et de nouveaux retraités désireux de s’engager bénévolement.

    Une mise en relation à créer et à animer

Entour’âge a vu le jour début 2014 ; ce réseau a vocation à rompre l’isolement dû à la maladie, au handicap, au grand âge… en proposant des activités gratuites telles que l’écoute, l’aide à la marche, la lecture, les jeux de société, etc. Piloté par le CCAS, il s’inscrit dans un programme plus large – une charte territoriale de solidarité avec les aînés initiée par la MSA.

À l’occasion du diagnostic destiné à identifier les besoins des personnes retraitées qui a précédé sa mise en place, « l’isolement revenait de manière fréquente, en campagne mais aussi en ville, soulignent Cathy Broca et Stéphanie Anatole, travailleurs sociaux à la MSA Midi-Pyrénées Sud. On observe une évolution des solidarités de voisinage, un changement de mentalités et cela ne va pas de soi aujourd’hui d’être dans le lien. Cette mise en relation, il faut la créer et l’animer ».

Un constat partagé par les assistantes sociales et l’infirmier intervenant sur le secteur dans le cadre de la mise en place l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA) : « l’isolement géographique (ruralité des territoires, éloignement des voisins) et l’isolement social (le manque de disponibilité des enfants mais aussi la volonté des parents de ne pas constituer une charge) peuvent devenir des facteurs aggravants de la dépendance. Les capacités s’amoindrissent si elles ne sont pas sollicitées ». Tisser le lien, c’est aussi prévenir les atteintes dues au vieillissement et favoriser le maintien en bonne santé des personnes qui avancent en âge.

     Un noyau de bénévoles pivots

Si, à Fleurance, la population âgée confrontée à la solitude est importante, c’est aussi « un territoire en mouvement, avec de nouveaux retraités qui bougent et veulent s’engager dans des activités, pointent Stéphanie Anatole et Cathy Broca. Pour créer puis élargir ce réseau, nous nous sommes appuyées sur un noyau de bénévoles pivots [voir témoignages ci-après], porteurs d’une dynamique ».

Aujourd’hui, Entour’âge compte une cinquantaine d’inscrits. « Très vite, nous avons constaté une nécessité de formalisation administrative », explique Benoît Garros, directeur du CCAS, structure pilote du projet. Par souci de définir un cadre précis et de ne pas mettre en difficulté les uns et les autres. « L’engagement est ainsi matérialisé par un dossier de candidature du bénévole et du bénéficiaire, une convention d’engagement réciproque, et une charte du bénévole qui pose le cadre éthique de l’intervention. » Une intervention régulière (qui permet de sécuriser la personne visitée), des règles de discrétion, de confidentialité et d’écoute, une stricte séparation des tâches (pour ne pas empiéter sur les attributions des professionnels intervenant auprès de la personne)… figurent notamment au menu.

Les organisateurs invitent bénévoles et bénéficiaires à une rencontre mensuelle, occasion pour les nouveaux participants de faire connaissance avec les membres du réseau et d’en savoir plus sur les activités proposées ou en projet et, pour les binômes déjà constitués, d’échanger sur les actions auxquelles ils ont pris part.

     Solidarité générationnelle et intergénérationnelle

Après quelques mois de fonctionnement réussi, la recette a désormais vocation à être transmise. « L’objectif est de partager cette expérience de lien social pour pouvoir la développer sur d’autres communes et de faire en sorte que cette aventure humaine s’étende à une plus grande échelle », précise Adeline Thorel, responsable du service social à la MSA Midi-Pyrénées Sud. Pour ce faire, le CCAS de Fleurance propose d’accompagner les municipalités qui le souhaitent, dans le cadre d’un partenariat, afin de lancer un réseau sur leur secteur. Lorsque ce nouveau réseau disposera d’un groupe de bénévoles, de bénéficiaires et d’activités suffisant, la commune pourra le développer de façon autonome… et partager à son tour idées, activités et expérience.

Car le champ des possibles est vaste : l’espace jeunes de Fleurance (accueil de loisirs pour les adolescents) a ainsi réalisé deux vidéos – l’une sur la production de la noisette, l’autre sur la réalisation d’une poupée avec du maïs – mettant en scène (et en valeur !) l’expérience des aînés ; des membres d’Entour’âge ont aussi décidé de se mobiliser dans le cadre d’Octobre rose, avec une initiative de tricot solidaire (encore quelques semaines de patience avant de découvrir le projet qu’ils sont en train de concocter). L’émulation née du réseau génère des solidarités de proximité générationnelle et intergénérationnelle, et de nouvelles réalisations que son essaimage devrait encore faire grandir… dans l’entourage d’Entour’âge.

Gildas Bellet pour BISMA. Posté le 10 septembre 2014

http://www.lebimsa.fr/entourage-tisse-sa-toile/

 

TEMOIGNAGES

Jacqueline Bonneau, ancienne agricultrice

Elle n'a pas les deux pieds dans le même sabot. À 81 ans, elle reste débordante d'activité : « Mes filles ne se demandent pas si je vais bien, elles se demandent où je suis encore allée courir. »

Déjà prise par de nombreux engagements, Jacqueline Bonneau a aussi rejoint le réseau Entour'âge, pour continuer à aller de l'avant. « J'ai eu une vie dure. Après les épreuves, il faut bâtir le reste de sa vie. Alors, j'ai cherché à progresser. Le bénévolat permet de se construire, en écoutant l'autre, en étant disponible. Grâce à lui, je ne suis jamais toute seule, car dans ma tête je peux voyager, vivre des choses d'une intensité inexplicable. »

Maria Coustau, ancienne assistante sociale chef à la MSA

Marie Coustau est une retraitée très active ; présidente d’une association culturelle, membre d’un atelier de broderie, elle a l’opportunité de croiser chaque semaine, dans le cadre de ses activités, de nombreuses personnes. Un atout qu’elle utilise à plus d’un titre : diffusion de questionnaires pour recueillir les besoins des personnes âgées, transmission de l’information – « le téléphone ne suffit pas, rien ne remplace le contact de personne à personne »…

Avec « le souci des autres, la volonté d’intégrer les personnes isolées, qui ne sortent plus » à la vie locale, elle souhaite leur ouvrir ces activités associatives. « Nous avons par exemple organisé une sortie pour une découverte du patrimoine local ; à cette occasion, nous avons associé des personnes isolées, bénéficiaires d’Entour’âge. » Même projet pour l’exposition de peinture qui se tient chaque année ; « des membres du réseau seront conviés pour la prochaine édition, en octobre.

Nous préparons en outre, pour le printemps 2015, un travail sur le trousseau d’autrefois et envisageons une exposition de vêtements. Là, je solliciterai ces personnes pour qu’elles apportent leur contribution à l’exposition».

Marie-Claude Desbets, retraitée

Elle se qualifie de «bénévole en tout genre ». J'ai toujours fait du bénévolat, ça me plaît beaucoup... tant que je sais le faire. » Elle se rend au domicile de personnes seules et âgées – « j'en vois cinq ou six en ce moment. Elles ne conduisent plus, ne sortent plus beaucoup mais elles restent très attachées à leur territoire. Leur famille est éloignée, occupée. Alors, je leur raconte les histoires de la commune.

J'ai toujours vu faire cela dans ma famille, c'est naturel pour moi. Et puis les personnes auxquelles je rends visite ont de l'expérience, j’apprends toujours quelque chose avec elles ».

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