Mobilités : A la campagne, la voiture doit se réinventer pour offrir de nouvelles formes de déplacements

Publié le par Or gris : seniors acteurs des territoires, dans une société pour tous les âges

Dans les zones reculées, les nouvelles mobilités revisitent de vieilles recettes et les optimisent avec le numérique : auto-stop organisé, covoiturage sans rendez-vous, autopartage intergénérationnel et solidaire et même voiturettes à pédales. Troisième article dossier spécial de la Gazette des communes sur la mobilité dans les territoires peu denses.

Dans les zones blanches de mobilité, les habitants sont assignés à résidence s’ils n’ont pas de voiture. Le bus régulier pour irriguer les villages reculés ? Impossible à financer s’il transporte des sièges vides et s’il n’y a pas d’entreprises pour s’acquitter du versement mobilité, principale source de financement des transports publics. Avec une bonne connaissance des besoins, du bon sens et une sacrée dose d’inventivité, élus, start-up, associations et industriels jouent les apprentis sorciers. « L’objectif est d’étonner et d’inciter afin de casser le réflexe voiture. Avec le temps, les petits ruisseaux font de grands fleuves », confient les bâtisseurs de ces nouvelles mobilités.

L’autostop quotidien organisé

Lever le pouce en rase campagne, c’est vieux comme l’automobile. Mais quand 89 % des foyers possèdent une voiture, la pratique de l’auto-stop est en panne. « Les actifs travaillent pour 50 % hors de leur commune de résidence, la moitié doit faire plus de 18 kilomètres pour aller travailler. Le budget déplacements est le premier poste de dépense des ménages », décrit Florent Tarrisse, directeur du parc naturel régional (PNR) des Grands Causses. Organisé en syndicat mixte (93 communes, 65000 hab., Aveyron) et porteur d’un schéma de cohérence territoriale, le PNR a son mot à dire en matière de mobilité. L’auto-stop organisé, même pour les trajets domicile-travail, fait partie de ses pratiques. Il offre une alternative à ceux qui n’ont pas de voiture (jeunes, précaires, néoruraux moins motorisés que les autochtones) et incite ceux qui en ont à prendre des auto-stoppeurs. Trois CC du PNR ont posé 150 arrêts d’auto-stop dans 35 communes, tels des arrêts bus. En moyenne, un auto-stoppeur n’y attendrait pas plus de 5 minutes. « Dès qu’il monte dans le véhicule, il peut s’enregistrer sur l’appli et entrer l’immatriculation », explique Florent Tarrisse, pour qui la mobilité est le nerf de la guerre pour repeupler le territoire du parc dont la densité est très faible : 19 habitants au kilomètre carré (hormis à Millau et à Saint- Affrique). Développé par l’association RezoPouce et la coopérative Mobicoop, l’auto-stop organisé existe dans une centaine de territoires ruraux : à Saint-Gouéno (Côtes-d’Armor), dans la communauté d’agglo de Privas (Ardèche) ou à Moissac (Tarn-et-Garonne), par exemple.

Le covoiturage sans rendez-vous

Covoiturer au quotidien comme on prend le bus, sans réservation, avec des arrêts physiques accessibles à tous. C’est le covoiturage sans rendez-vous développé par la start-up Ecov, déjà rodée dans le Vexin (Oise, Val-d’Oise et Yvelines), le Grand Chambéry, sur le plateau du Vercors et sur l’A43, entre Bourgoin-Jallieu et Lyon. Il suffit de se rendre à pied, en voiture, à vélo ou à trottinette jusqu’à l’arrêt de covoiturage équipé d’un parking relais et d’abris à vélos sécurisés. Et, une fois sur place, d’envoyer sa demande par SMS sur une appli mobile, par téléphone ou via un boîtier intégré à l’arrêt. La demande est relayée en temps réel sur des panneaux lumineux au bord de la route et sur l’appli. Les automobilistes volontaires s’arrêtent pour embarquer les covoitureurs. « En zone rurale, les conducteurs ne demandent généralement pas à partager les frais ; sur les grandes pénétrantes, entre le périurbain et les métropoles, c’est souvent l’inverse, le public n’est pas le même », rapporte Thomas Matagne, fondateur    La start-up ne prélève pas de commission, elle déploie le service (arrêts, panneaux d’alerte, plateforme numérique, plateau téléphonique) dans le cadre de délégations de service public. Dans la veine des propositions de la convention citoyenne pour le climat, le covoiturage sur voie réservée (et sans rendez-vous) est arrivé en septembre sur l’A48, entre Voiron et Grenoble, pour le compte du syndicat mixte des mobilités de l’aire grenobloise (couvrant 3 intercos, 443000 hab.). Huit kilomètres de voie réservée, activée en cas de congestion aux heures de pointe. « Un gain de 10 minutes par rapport à un trajet seul sur voie classique », calcule le dirigeant d’Ecov, qui promet un temps d’attente moyen de quelques minutes. Au-delà de 15 minutes, l’opérateur envoie un taxi. Ces deux « lignes » de covoiturage sont intégrées au Pass’Mobilités, l’application qui agrège l’ensemble des moyens de transport de la métropole grenobloise. Un projet similaire doit voir le jour à Rennes, sur la rocade. Objectif : massifier le covoiturage pour en faire une alternative à l’autosolisme entre le périurbain et les agglomérations.

L’autopartage intergénérationnel, électrique ou classique

A la campagne, il y a des seniors qui ont une voiture mais ne conduisent plus, et des jeunes qui ont le permis, mais pas de voiture. Des collectivités locales se positionnent en tiers de confiance et souscrivent un contrat d’assurance pour le prêt de véhicules. C’est « l’autopartage solidaire et intergénérationnel », mis en place dans la communauté d’agglo de Privas. Lauréate 2019 de France Mobilités (plateforme de soutien aux projets de nouvelles mobilités du ministère de la Transition écologique), l’interco a reçu 100 000 euros de subventions et démarré l’autopartage solidaire juste avant le confinement. D’autres formules d’autopartage plus classiques sont organisées en zones peu denses. Le réseau coopératif Citiz, déjà bien implanté en ville, commence à essaimer à la campagne. Il a récemment signé avec le PNR des Grands Causses, qui est monté au capital deCitiz à hauteur de 7 000 euros avec l’aide de la région Occitanie, pour partager une flotte de véhicules d’entreprises et de collectivités.

Et même la voiture électrique à pédales

Il carbure à l’énergie solaire et à la force des mollets, et peut « foncer » à 45 kilomètres à l’heure. Le Wello a été le clou du Consumer Electronics Show de Las Vegas en janvier 2020, avant d’être présenté en première mondiale à Millau, par l’association In’VD. C’est la même logique qu’un vélo à assistance électrique (que les collectivités cherchent à développer en prêt ou en location longue durée ), mais carrossé, avec un toit, deux places et un coffre. Avant la crise sanitaire, la CC de Millau (15 communes, 29 800 hab., Aveyron et Lozère) s’était engagée à en acheter une dizaine, permettant d’avoir une unité de montage sur le territoire. Une version quatre roues, le Sorean, n’a pas pu être présentée comme prévu, fin septembre, à Millau, à cause d’un retard dans la production du prototype. L’événement est repoussé à avril 2021. Pour un retour vers le futur ?

FOCUS  : Presque trois véhicules par ménage

Florent Tarrisse, directeur du parc naturel régional (PNR) des Grands Causses, l’affirme : « On ne fait pas du volume, on travaille sur un ratio de pénétration : si, avec l’autopartage, l’auto-stop organisé et la location de vélos électriques, on touche à chaque fois 3 % de la population, on est contents. »En multipliant les solutions de mobilité, le PNR veut impulser de nouveaux réflexes pour faire reculer la dépendance à la voiture. Elle est, selon le directeur, totale chez les autochtones et plus nuancée chez les nouveaux arrivants. Le taux de motorisation atteint 2,71 voitures par foyer, ce qui est « énorme », estime Florent Tarrisse.

Publié le 08/10/2020 • Par Nathalie Arensonas • dans La gazette des communes https://www.lagazettedescommunes.com/699181/a-la-campagne-la-voiture-doit-se-reinventer-pour-offrir-de-nouvelles-formes-de-deplacements/

https://mcusercontent.com/47907744e3cce4728cc04bb1a/files/81811774-058e-4052-9d03-98dcdfdaf801/1_mobilite_campagne.pdf

Voir aussi les repérages de l’Ademe : https://admin.over-blog.com/1454700/write/new

Mobilités : A la campagne, la voiture doit se réinventer pour offrir de nouvelles formes de déplacements

Voir aussi sur le blog Or Gris : 

Rézo Seniors, première plateforme de covoiturage pour les aînés : https://admin.over-blog.com/1454700/write/105194517

Se déplacer en milieu rural : ces territoires enclavés qui développent des alternatives sociales et solidaires : https://admin.over-blog.com/1454700/write/101998805

Atchoum répond au souhait de covoiturage des communes rurales : https://admin.over-blog.com/1454700/write/107044617

et bien d'autre dans les rubriques inter génération et autres…

Publié dans Mobilité

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article