En chacune de nous sommeille une femme âgée… Par Mélissa Petit -

Publié le par Or gris : seniors acteurs des territoires, dans une société pour tous les âges

« Chaque individu est riche, quelque soit son âge » pourrait être son leitmotiv !

A 34 ans et une chevelure parsemée de blanc, Mélissa Petit est Docteur en sociologie, spécialiste des seniors et des enjeux du vieillissement. A travers Mixing Générations, son cabinet d’étude et de conseil sur les questions de longévité lancé en 2015, Mélissa s’attèle quotidiennement à briser les stéréotypes sur l’âge et à créer des ponts entre les générations. Une expérience et bienveillance envers les seniors qu’elle partage, en 2016, dans un ouvrage « Les retraités, cette richesse pour la France » (aux éditions L’Harmattan).

Regardez lecteur·rice·s cette femme âgée circulant dans la ville, se mouvant dans ce corps féminin qui s’effrite, aux prises avec son invisibilité, portant dans chacun de ses mouvements toutes ses expériences et qui n’attend qu’un sourire pour qu’à travers ses yeux on puisse lire une joie intense. Cette femme âgée cela pourrait être MOI, VOUS, NOUS.  

Dans cette société qui vieillit au féminin, la vieillesse est souvent sans genre et le féminisme pose rarement un regard sur les plus âgées. Mêler âge et genre instaure donc une double discrimination : âgisme et sexisme. Les femmes âgées sont ainsi les grandes oubliées de nombreux sujets : violence, vie sociale, pauvreté, etc. alors qu’elles subissent de plein fouet tous types d’inégalités. Leur invisibilité s’inscrit par exemple dans l’absence de statistiques sur les violences faites aux femmes après 75 ans ou sur les violences subies par les femmes dans les espaces publics après 60 ans. Les combats auxquels ces femmes font face ne sont que peu mis en avant. Qui parle des 42 % d’écart dans les pensions de retraite entre les hommes et les femmes en raison des différences de carrières ? N’omettons pas aussi les évènements ordinaires de nos vies sociales quotidiennes qui sont régis inconsciemment par des limites d’âge, voire des espaces publics qui contraignent les plus âgés à ne plus 

« "brisons la conspiration du silence »

Mais comme l’aurait dit Simone de Beauvoir, « brisons la conspiration du silence » ! En posant enfin un regard sur la vieillesse au féminin, on rendra socialement désirable les femmes âgées. En les faisant exister sur la scène sociale, on leur permettra de s’exprimer plus et de pouvoir être écoutées jusque dans les murmures de leurs désirs. 

Les femmes âgées, ce sont nos mères et nos grands-mères, qui ont tant à nous apprendre sur l’histoire des féminins, sur les contestations qu’elles ont portées et sur le chemin qu’il reste encore à parcourir. Elles nous dévoilent ce que c'est qu’être ambitieuse face à l’injustice et l’expression « ne rien lâcher » prend tout son sens car nos droits n’ont pas été acquis facilement. En partageant avec les femmes plus âgées, elles nous amènent à nous questionner différemment sur notre rapport au corps, sur la dignité de nos vies et sur l’effectivité de nos droits jusqu’au bout de la vie.

C'est en agissant avec les femmes dans leurs diversités et à travers tous leurs âges que demain nous serons plus unies, car la vie est un parcours et qu’en chacune de nous sommeille une femme âgée.

publié le 6 Mar 2019, article de Mélissa Petit dans Les Ambitieuses, Tribune 5

 

En chacune de nous sommeille une femme âgée… Par Mélissa Petit -

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