Salt & Pepper, la success story des papys du rock

Publié le par Or gris : seniors acteurs des territoires, dans une société pour tous les âges

Composé de jeunes rockeurs de 70 ans, le chœur tourne depuis presque dix ans dans les maisons de retraite et les prisons de l’Hexagone. Un succès couronné par la sortie de leur premier album.

Salt & Pepper, chorale senior rock de Dunkerque, vient chanter à la maison de retraite « Les Charmilles », le 28 novembre. La chorale est dirigée par Nathalie Manceau et a été créée en 2010.

Face à l’Ehpad de Dunkerque (Nord), la petite troupe marque le pas. Un « Sauve-qui-peut ! » rigolard fuse d’un côté, de l’autre une réflexion au canon sur « le droit à mourir dans la dignité ». N’empêche, tous sont venus se produire devant « les vieux » qui n’ont qu’une dizaine d’années de plus qu’eux. ­Rebelles mais solidaires, les Salt & Pepper, chorale rock de retraités – moyenne d’âge 70 ans –, qui préféreraient l’euthanasie plutôt que de chanter du Luis Mariano.

« One two, one two ! » A mesure que les micros s’échauffent, les déambulateurs affluent. Sous des guirlandes de papier « Ici, c’est la fête », les pensionnaires s’alignent sur des chaises en plastique dans la vaste salle surchauffée qu’égaient quelques flamants roses peints sur les vitres. C’est heure de sieste à la maison de retraite, ce mercredi de fin ­novembre. L’ambiance, aux Charmilles, n’est pas totalement woodstockienne. Côté scène, les Salt & Pepper démarrent en trombe. Jouer dehors (Mademoiselle K). Et d’enchaîner. Ça plane pour moi (Plastic Bertrand), L’Idole des jeunes (Johnny Hallyday), ­Because the Night (Patti Smith), Un autre monde (Téléphone).

Ni torses tatoués ni longues chevelures secouées tête en bas, mais tout de même une énergie folle, chez les choristes, comme pour se prouver qu’ils n’ont rien à faire là. C’est à qui tente le déhanchement ou l’air guitar le plus frénétique. « Rock’n’roll is not dead ! », beugle entre deux titres José Deswarte, 72 ans, bandana sur cheveux blancs. Dans le public, des têtes se relèvent, dodelinent, des doigts tapotent les accoudoirs des fauteuils roulants. « C’est génial, pour eux, observe la responsable animation en blou­seblanche, Christine CagnionD’ail­leurs ils m’ont demandé d’ajouter les Rolling Stones sur la borne musicale, à l’entrée. Ils étaient ados dans les années 1960. Les accordéons, ils n’aiment plus tant que ça… »

Un point commun avec les retraités qui se déchaînent devant eux. Il y a neuf ans, déjà, Virginie Scherrens l’avait compris. Chargée d’action culturelle à la salle de concerts rock des 4-Ecluses, à Dunkerque, c’est elle qui eut l’idée iconoclaste de projeter un documentaire sur un chœur de rockeurs seniors américains, puis d’inciter les retraités de la ville à s’embarquer dans le même genre d’aventure. Enfin, pour six mois. Mais les recrues ont refusé de s’arrêter.

« On commençait à avoir une image », pose, un rien star, Lyli Chaumont-Souvraz, septuagénaire en cuir. En 2012, la quarantaine de choristes se constitue en association et dégote de quoi rémunérer la chef de chœur et trois musiciens. Il y a les cotisations des membres, les petites subventions locales et surtout les concerts, parfois payants. Plus de cent, déjà, dans les salles des fêtes, festivals, maisons de retraite et prisons. « Les détenus rigolent un peu en nous voyant arriver mais au bout de deux morceaux, ils chantent avec nous », raconte la discrète Marie-Claude Hétru, 64 ans, fan de Metallica. Dernièrement, les Salt & Pepper ont même investi une église, près de Bergues (Nord), avec ce regret : ne pouvoir chanter Highway to Hell, d’AC/DC.

Par Pascale Krémer  Publié dans le Monde –Le Monde Époque- le dimanche 6 janvier 2019

Salt & Pepper, la success story des papys du rock
Salt & Pepper, la success story des papys du rock

Publié dans Activités - loisirs

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